Les Amis de Zarafa

le dessin animé !

15 janvier 2012

La première girafe qui ait jamais posé sabot sur terre de France nous parvint en 1826, cadeau du Pacha d’Egypte au roi Charles X. M’intéressant depuis 2004 aux multiples tenants et aboutissants de cette anecdote animalière, j’ai appris qu’on pouvait la raconter de mille et une façons, selon les angles et les publics. C’est l’histoire d’un enjeu diplomatique dans un contexte international troublé (guerre d’indépendance grecque contre l’Empire ottoman, dont l’Egypte est à l’époque le vassal), mais encore d’un objet d’étude scientifique heurtant les dogmes religieux (débat français sur l’évolution des espèces, trente ans avant le Darwinisme), mais aussi d’une merveille exotique flattant l’égo d’un roi détesté (réactionnaire, cléricaliste et  chassé du trône par les Trois Glorieuses de 1830), d’un élégant motif de caricature (sujet des plus vifs pamphlets contre un régime qui a restauré la censure de la presse), d’un sujet artistique, rapidement exploité comme support commercial lucratif (premier exemple d’un merchandising animalier), et même de l’ardente curiosité d’un peuple en pleine vague orientaliste. Quelle que fût l’instrumentalisation, il faut bien parler d’une girafomania dans ce premier quart du XIXe siècle.

Les réalisateurs Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie, les coscénaristes et le producteur Prima Linea ont choisi de présenter « Zarafa » aux jeunes spectateurs, sous la forme d’un conte. Sous l’arbre à palabres, devant un parterre d’enfants fascinés, le doyen du village déroule un récit d’aventures, plein de surprises et de rebondissements, avec son lot d’émotions, de peur, de joie et d’excitation. Comme toutes les histoires de tradition orale, celle du jeune Maki et de son girafon d’infortune mêle véracité et merveilleux, burlesque et réalisme. Dans l’adversité, le petit Africain démontre le courage intransigeant d’Oliver Twist et l’optimisme entêté de Rémi « Sans famille ». Et la girafe orpheline sera bien plus qu’une mascotte muette et attendrissante. Comme tout bon conte, il apporte une conclusion contrastée. Semé d’embûches, le voyage de l’Afrique à la France et retour est un parcours initiatique où il faut savoir perdre – des proches, des illusions – et gagner – un amour, un avenir.

Entre l’histoire authentique que j’arpente sans lassitude et la fable enfantine (et non infantile) que je découvre ici, les écarts sont certes nombreux. Tout y est, ou presque, de la vraie Zarafa mais dans un ordre aléatoire et fantaisiste. L’historien-conférencier oublie un temps ses archives pour se laisser envoûter par les charmes du conte. Quelques années avant les débuts de « notre » girafe, Samuel T. Coleridge s’accordait semblable privilège en adoptant : « des personnages surnaturels, ou au moins romantiques, faisant naître en chacun de nous un intérêt humain et un semblant de vérité suffisants pour accorder, pour un moment, à ces fruits de l’imagination cette suspension consentie de l’incrédulité, qui constitue la foi poétique. »

Il est libre, Max !

23 août 2011

Max KARKEGI nous a quittés brutalement le samedi 20 août 2011, nous laissant orphelins de sa généreuse érudition, de sa gentillesse indéfectible, de ses enthousiasmes joyeux, de son humour toujours respectueux, de son tact impeccable, de sa spiritualité dans tous les sens du terme… Le parfait « honnête homme » !

J’avais rencontré Max en 2007, dans sa grande maison-bibliothèque de Vitré. Nous échangeâmes autour de Gabriel Dardaud, redécouvreur de Zarafa dans les années 50, et j’eus aussitôt l’impression d’entrer dans une grande famille de cœur. La correspondance passionnée qui s’ensuivit  fut une des sources vitales qui alimentèrent mon livre sur la première girafe de France.

Dans mes courriels, je l’appelais « Maxi Max » car il faisait toujours le maximum pour satisfaire une demande amicale. Il me répondait en signant « votre Très Humble et très Obéissant Serviteur » avec son adorable courtoisie, espiègle et surannée. Peu de questions, quel que fût le sujet, pouvaient prendre à défaut son immense érudition. Sa précieuse collection de livres et de documents devrait être accueillie par la Bibliothèque Nationale. Ce trésor inestimable ne sera pas perdu pour les futurs chercheurs. Il avait déjà créé un site remarquable sur l’Egypte de ses tendres années : l’Egypte d’antan et publié récemment un remarquable ouvrage sur le sujet : L’Egypte d’hier en couleurs (éd. Chêne, 2008).

Ce merveilleux homme restera irremplaçable. Je n’ai qu’un regret, celui de ne pas avoir eu la chance de le connaître  plus tôt. Que son épouse, Magdeleine, accepte nos chaleureuses pensées. Et vous, cher Max, reposez, selon votre souhait, dans la paix et la joie éternelles !

Calligraphie

5 juillet 2011

Voici la calligraphie de la Girafe, dessinée par Ahmad Dari, extraite de son beau livre « L’Oasis des mots : les mots arabes dans la langue française« . Diplomate et artiste palestinien, il est l’un des plus grands calligraphes arabes vivant en France.

Ce qui me permet de vous renvoyer aussi vers un splendide article, rédigé par Emmanuelle Marchal pour le magazine internet Circum al-dunya et entièrement consacré à notre animal-totem, dans toute sa richesse historique et artistique, passée et moderne. Zarafa y incarne au plus haut point cette passerelle entre l’Orient et l’Occident.

Dans ce contexte de réveil démocratique chez nos voisins du sud, je n’ai qu’un mot, celui de Soeur Emmanuelle (une autre Emmanuelle) : yallah !

Sophie a 50 ans !

20 juin 2011

Sophie s’émancipe… à 50 ans ! Pour son demi-centenaire, la fameuse girafe qui fait pouêt-pouêt et sent bon le caoutchouc s’est offerte les services de grands créateurs (Escada, Kenzo Takada, Swarovski, Franck Sorbier, Chantal Thomass, Fifi Chachnil, Lolita Lempicka et bien d’autres..) pour un relooking qu’on n’est pas obligé de trouver toujours du meilleur goût. L’essentiel n’est pas là.  Lors d’une vente aux enchères organisée le 25 mai dernier, elle a rapporté des fonds à la fondation Gustave Roussy pour la lutte contre le cancer. Une générosité toute zarafique !

70 oeuvres, d’inconnus et des célébrités, sont visibles en ligne ici.

Avec un ou deux « f »

10 avril 2011

En 1829, dans une « Dissertation sur l’Etymologie » en préambule au Dictionnaire de B. de Roquefort, Jacques-Joseph Champollion-Figeac, le frère aîné du célèbre traducteur des hiérogyphes égyptiens, écrit que le mot giraffe « est arrivé tout fait dans le françois; c’est le mot zoraféh, et l’on peut s’en tenir à la seule énonciation de cette origine. Si l’on veut cependant remonter plus haut, on peut considérer que les syllabes de ce mot n’ont, en arabe, aucun sens analogue à ce quadrupède, et l’explication qu’en donnent les lexiques est tout-à-fait arbitraire. On en conclut tout naturellement que la langue arabe aussi a reçu ce mot tout fait d’un autre idiome. Si l’on s’avance dans cette recherche, on trouve que le mot égyptien soraphé est composé de deux racines qui signifient rigoureusement long col ou tête allongeé, et tel est le caractère éminent de la giraffe. Ce mot est donc d’origine égyptienne, et la giraffe, en effet, venue des contrées au midi de l’Egypte, et qui n’a pu être connue des Arabes que par les Egyptiens, est plusieurs fois figurée sur leurs anciens monumens, non seulement de sculpture, mais encore dans les peintures de manuscrits; et ce fait n’est pas indifférent pour justifier l’étymologie du nom françois de ce singulier quadrupède. »

Je note personnellement que la première girafe d’Europe fut florentine, chez Laurent de Médicis au XVe siècle, et que les deux f de la terminologie italienne giraffa semble avoir alors prévalu. Puis, nos Académiciens durent jugés le redoublement de la consonne incompatible avec l’orthographe française. Cette simplification orthographique semble contemporaine de notre premier exemplaire vivant, puisque giraffe et girafe cohabitent d’un auteur à l’autre en ce premier quart du XIXe siècle. Les langues anglaise et allemande, plus respectueuses du mot-source, ont toujours conservé les deux f.

Parlez le girafien

2 mars 2011

La violence est aujourd’hui présente partout, elle rend l’existence difficile à l’ensemble de l’humanité. « Toute critique, tout jugement à l’égard d’autrui n’est que l’expression d’un besoin non satisfait.» Telle est la conviction de Marshall B. Rosenberg, psychologue américain fondateur de la «communication non violente». La CNV est considérée comme une méthode qui a fait ses preuves dans le domaine de la résolution de conflits: bien comprise et appliquée selon quelques règles fort simples, elle offre les moyens de désamorcer rapidement le processus de la violence et permet à la personne «agressée» de se connecter réellement à son interlocuteur (agresseur). Le langage «girafe» est un langage de bienveillance, de non jugement et d’empathie par lequel on se met à l’écoute de ses besoins profonds et de ceux de son interlocuteur. (Marshall Rosenberg : La Communication non violente, par Brigitte Longerich)

La girafe fut choisie comme animal métaphorique parce que c’est le mammifère doté du cœur le plus gros de la Création.

1 million de girafes… et quelques

21 février 2011

C’est l’histoire d’un pari entre deux amis suédois. En juin 2009, discutant des ressources illimitées de l’internet, l’un promet à l’autre qu’il parviendra à réunir 1 million de girafes dessinées ou fabriquées par des internautes du monde entier… Pari tenu, pari gagné, en seulement 440 jours ! Le blog est amusant, les girafes sont souvent magnifiques et ingénieuses, un livre a été imprimé et même une chanson composée. Cette brillante démonstration est on ne peut plus zarafesque : la créativité humaine demeure sans limite et la girafe une source d’inspiration inépuisable.

Sur scène

18 février 2011

Avis aux ACTEURS, METTEURS EN SCENE, PRODUCTEURS DE THEATRE !

Marseille, le 4 mai 1827. Des notables du cru sont conviés par Mme la Préfète à rencontrer la Belle Africaine, cadeau du pacha d’Egypte au roi Charles X, pour le clou d’une de ses fameuses Soirées à la girafe.

La Giraffe les attend paisiblement dans son étable dressée dans la cour de la Préfecture. Parmi les invités, un bourgeois parvenu, un aristocrate décrépi, une actrice sur le retour, une religieuse, un journaliste. Entre les convives, la fameuse girafe et son gardien-interprète franco-égyptien Joseph, c’est le choc des natures et des cultures, arbitré par le Préfet des Bouches-du-Rhône, le passionné comte de Villeneuve-Bargemon.

Devant cette excentricité de la nature, les sujets d’étonnement sont nombreux. Chaque invité réagit en fonction de ses origines sociales et culturelles. La girafe soulève des débats houleux, non seulement en zoologie, mais aussi sur les sujets brûlants de la religion et de la politique. Elle révèle surtout des motivations contradictoires : racisme ou tolérance, respect ou condescendance, amour de la science ou cupidité.

La disparition du talisman de la Girafe change soudain le ton de la soirée : on a dérobé l’étui en argent contenant un verset coranique, censé la protéger du mauvais œil… Que personne ne sorte !

Le Talisman de la Girafe est une comédie inédite, écrite en alexandrins, pour 4 acteurs et 4 actrices.

Hiéroglyphe

18 février 2011



Cette recherche met en évidence que le verbe est le plus souvent employé pour annoncer un événement qui n’a rien d’inattendu ou bien qui est récurrent. Son sens premier est sans doute « étendre », « répandre (une information) », signification qu’a conservée majoritairement le copte swr. D’où aussi les sens dérivés « signaler »,« informer », « faire connaître », « communiquer »,« avertir », « annoncer ». Seul le contexte peut conférer une connotation « prédictive » au verbe, mais celui-ci ne la véhicule jamais par lui-même. L’image de la girafe n’évoquait pas de prime abord, aux yeux des Égyptiens, l’idée de la « prévision » mais plutôt celle du « signalement », c.-à-d. de l’« extension » d’une information, de la « communication ».

Christian Cannuyer est né à Ath (Belgique) en 1957. Médiéviste, orientaliste, égyptologue et bibliste formé à l’Université Catholique de Louvain.

Pour les Egyptiens donc, girafe = communication ! CQFD.


Zurafa

18 octobre 2010

Avec l’aide du sculpteur Barış KARAYAZGAN, les élèves de Lycée Sainte Pulchérie d’Istanbul ont réalisé une girafe de 3 mètres de haut à partir de bouteilles d’eau en plastique. Cette sculpture, baptisée « Angélique » par les lycéens, célèbrait la Semaine du développement durable intitulée « Changeons nos comportements » organisée en France du 1er au 7 avril 2010.

Né en 1973 à Istanbul, Barış KARAYAZGAN est diplômé de l’Université de Mimar Sinan en 1998. Il a ensuite intégré l’académie d’Arts de Philadelphie, puis, a réalisé un Master en sculpture à « State University of New York Albany » à New York.

L’artiste a fondé en Turquie un centre d’art pour les enfants « Centre d’art pour la paix et les enfants » (Pace Çocuk SanatMerkezi ). Barış KARAYAZGAN a déjà conduit de nombreux projets liés à l’environnement et plus particulièrement sur l’exploitation du plastique. Il s’implique régulièrement depuis 10 ans dans des projets artistiques et pédagogiques avec les jeunes.

Source : www.lepetitjournal.com Istanbul. Vendredi 9 avril 2010

LA SECTION FRANÇAISE présidée par O. Lebleu

Olivier Lebleu

Les avatars de zarafa

LES DROITS FRANÇAIS DE CE LIVRE sont ENCORE DISPONIBLES